Varicelle
Leo Reichling
« Varicelle » nous invite à considérer la maladie non seulement comme un état physique, mais comme un passage — une rencontre étrange et souvent déstabilisante avec soi-même. Dans cette exposition, Leo Reichling s’inspire de cette vulnérabilité pour évoquer des sensations de possession, de duplication, ou de transformation des désirs et des capacités. L’espace est habité de poupées et imprégné d’une atmosphère d’abandon ou de malaise, suggérant un territoire ambigu entre le jeu et la pathologie.
Le titre Varicelle fait référence à une maladie infantile courante, généralement bénigne, mais porteuse d’une mémoire collective de fièvre, de repli et de transformation corporelle. Reichling utilise cette mémoire culturelle comme point de départ pour explorer des notions plus larges : le Double, l’Autre, et les formes matérielles qui coexistent sans jamais totalement fusionner.
Sa pratique artistique propose une vision « malade » ou fébrile de la création — non pas au sens pathologique, mais comme une méthode qui bouscule la clarté et la stabilité. Le miroir, outil classique de reconnaissance de soi, devient ici une surface noire et obscure, un miroir de divination révélant des doubles, des êtres métamorphes, et des identités en perpétuelle instabilité.
L’exposition se déploie à travers trois espaces distincts : du white cube neutre à des environnements scénographiés et psychologiquement chargés. Ce déplacement spatial renforce une descente symbolique : de la surface vers la profondeur, du visible vers l’inconscient. Reichling nous guide à travers une série d’œuvres récentes qui expriment une conscience aiguë du fait que « le temps est disloqué ».
À travers une esthétique de la décadence et une mise en scène de l’ambiguïté, Reichling met en jeu les troubles dissociatifs non comme pathologies isolées, mais comme des symptômes paradigmatiques de notre époque — des manières d’habiter un monde incertain avec des subjectivités multiples et mouvantes.