Zone d’ombre
Sarah Melen
Depuis plusieurs années, vivant en Corrèze sans permis b, j’occupe une position particulière: celle de passagère. Une place à la fois contrainte et privilégiée. Être copilote, c’est être à la fois dedans et dehors, protégé par l’habitacle mais entièrement tourné vers ce qui se passe au-delà de la vitre. Cette position m’a rendue attentive à ce qui échappe, à ce qui surgit dans les marges du visible.
Dans ces territoires de la Corrèze ou de la Creuse, les déplacements se font majoritairement en voiture, et les trajets nocturnes y sont fréquents, particulièrement en hiver. La nuit y est encore présente comme un milieu continu, peu fragmenté par l’éclairage public. Elle enveloppe, elle absorbe. Et c’est précisément dans cette continuité que la lumière des phares vient produire une rupture : elle n’éclaire pas tant qu’elle découpe, arrache, impose des apparitions brutales à ce qui n’était pas destiné à être vu.
L’exposition s’organise à partir de cette expérience.